Épilogue

04-03-2067, Terre

 

La femme lui parlait. Elle venait lui rendre visite de plus en plus souvent, maintenant. Lyen n’avait plus peur d’elle, ou en tout cas plus beaucoup : elle savait qu’elle ne lui voulait pas de mal. Elle était avec elle, elle était contre Lúka. Et elle lui avait promis une vengeance.

Les mains posées sur son ventre rebondi, elle l’écoutait attentivement. La femme utilisait la langue de son peuple, qu’elle maîtrisait à la perfection – mieux encore qu’elle-même, ce qui n’était guère étonnant considérant le fait qu’elle avait été enlevée à l’âge de six ans. Pourtant, elle n’était pas du Royaume d’Eaven : ses pupilles étaient rondes, comme celles de Lúka et de Line. Sa voix avait un étrange écho presque métallique, et la façon dont elle la nommait – Liiine – lui rappelait quelque peu sa sœur, qui avait été la seule personne au Laboratoire capable de prononcer son prénom avec l’intonation et la modulation propres aux Eaveniens. Même si elle n’avait pas sa haute stature, la femme était grande : sans doute presque aussi grande que le Fils. Ses traits possédaient d’ailleurs quelques similitudes avec ceux de Lúka, bien que cette ressemblance soit difficile à juger : pour elle, tous ces humains pentadactyles aux étranges pupilles rondes avaient la même tête. Le voile sans reflet de ses cheveux noirs touchait le sol, encadrant son visage de cire dépourvu d’expression, coulant sur sa longue robe sombre. Tout en elle appelait les ténèbres.

La première fois que Lyen l’avait vue, c’était le jour de la naissance de Mikhail, deux mois plus tôt. Le Fils et la Fille l’avaient laissée seule dans le Laboratoire, pendant qu’ils allaient à leur soirée stupide. Lúka avait verrouillé la porte de sa cellule, non sans lui avoir d’abord décoché son plus horrible sourire. Un peu après minuit, Lyen avait senti une présence dans sa cellule. Senti n’était peut-être pas le mot, car étrangement, la femme ne dégageait pas d’aura psychique, au contraire de tous les gens qu’elle avait rencontrés au cours de sa vie.

 

Les chiffres lumineux sur la montre que Line lui avait donnée quelques heures auparavant indiquaient 00 h 23 et Lyen était occupée à les fixer sans pouvoir trouver le sommeil lorsque quelque chose les brouilla. Une ombre se pencha sur elle, et malgré l’absurdité de cette constatation, elle comprit qu’elle n’était plus seule. Elle savait que c’était impossible : Lúka et Line étaient absents et personne ne pouvait pénétrer dans le Laboratoire. De plus, si la porte de sa cellule avait été ouverte, elle l’aurait entendue. Ce n’était pas le genre du Fils de lui faire de mauvaises surprises de ce style – bien qu’il soit devenu de plus en plus malveillant au cours des derniers mois. C’était impossible, et pourtant, il y avait quelqu’un dans la pièce avec elle.

— Ne crains rien, Liiine, déclara l’apparition de sa voix métallique. Nous ne te voulons aucun mal.

Lyen se recroquevilla contre le mur, ses grands yeux agrandis d’effroi. Elle voyait bien, dans la semi-pénombre. Et ce qu’elle voyait de la femme ne contribuait pas à la rassurer. Sans compter qu’elle avait dit « nous ». Elle avait beau parcourir la pièce du regard, la deuxième personne restait introuvable. Ses dents s’étaient mises à s’entrechoquer, et le bruit résonnait beaucoup trop dans le silence pesant de la cellule. Elle tenta de se ressaisir ; elle refusait de montrer ses faiblesses.

— Nous sommes venues te trouver car nous partageons un but commun.

— Un but commun ? répéta Lyen, malgré la frayeur qui l’habitait. Mais qui êtes-vous ?

— Cela n’a pas d’importance. Sais-tu ce qu’est Z’arkán, Liiine ?

Z’arkán, ce sale ordinateur. Elle en avait peur, et savait que Line non plus n’était pas à l’aise depuis que l’hologramme apparaissait dans tous les coins du Laboratoire au moment où elle s’y attendait le moins. Elle trouvait d’ailleurs que la Fille avait encore plus de raisons qu’elle de craindre Z’arkán : après tout, c’était son visage qu’il habitait de son éclat bleu argenté.

Elle hocha la tête timidement. Oui, elle savait ce qu’était Z’arkán.

— Bien…

La femme souleva ses paupières pour dévoiler des iris violets et la regarda avec une attention qui fit naître des frissons dans son dos.

— N’aie pas peur, Liiine…

Lyen tenta de garder la tête haute malgré sa frayeur. Elle n’aimait pas la façon dont cette femme répétait son nom, sans cesse, à la fin de presque chacune de ses phrases. Pourquoi le faisait-elle, d’ailleurs ? Il ne risquait pas d’y avoir confusion, vu qu’elles étaient seules dans cette cellule.

— Tu aimes les monstres qui sont dans ton ventre, Liiine ?

— Ce sont mes enfants !

— Ne les aime pas trop. Ils mourront, de toute façon. Ils mourront tous. Tous les Enfants de l’Ô.

Pour la première fois depuis qu’elle avait commencé à parler, Lyen vit une émotion teinter le visage diaphane de la femme : de la haine. Mais une haine qui se colorait de plaisir. Malgré sa panique grandissante, elle ne put retenir ses mots. Elle était en train de parler de la mort de ses enfants, et elle souriait ! Cela balaya sa peur d’un seul coup.

— Tout le monde meurt un jour.

— Liiine, as-tu regardé Lúka et Line ? Les as-tu bien regardés ?

— Oui.

Elle aurait eu envie d’ajouter qu’elle les avait vus bien trop souvent à son goût, cependant elle ne pouvait se permettre le cynisme, dans la situation délicate où elle se trouvait.

— Cela fait plus de douze ans, Liiine. Douze ans. Ils n’ont presque pas changé.

Lyen haussa les épaules ; dans un geste inconscient, elle posa une main sur son ventre, comme pour protéger ses enfants de l’affreuse vérité.

— Lorsque Mikhail de l’Orme a créé DELO Corporation, il ne savait pas que tout irait si loin. Personne ne le savait. Tout a été bien trop rapide, même eux ont dû avouer qu’ils avaient perdu le contrôle. Néanmoins il n’est pas encore trop tard, Liiine. Le futur n’est pas immuable.

— Pourquoi me dites-vous tout cela ?

— Tu n’aurais jamais dû exister, Liiine. Ta famille aurait dû disparaître et toi également. Dans cet univers modifié, tu n’aurais jamais dû vivre. Et pourtant tu es là.

Tu n’aurais jamais dû exister, Liiine. Cette phrase n’était pas un reproche, n’était pas une insulte déguisée. C’était une simple constatation. Le ciel est bleu, Liiine. Tu n’aurais jamais dû vivre, Liiine. Lyen sentit la chair de poule recouvrir ses bras et se tassa encore un peu plus contre le mur.

— Nous savons qu’il y a une explication à tout cela, Liiine. À toi de nous la donner.

Ses yeux violets brillaient dans l’obscurité et ses cheveux flottaient, vaporeux, à ses pieds. Il n’y avait pas de vent, pourtant. Lyen, en baissant les yeux, aperçut une longue mèche noire qui semblait ramper vers elle comme un serpent de ténèbres. Elle se demanda ce qui se passerait si elle tendait une main pour la toucher, puis se ravisa. Il y avait des choses qu’il était préférable d’ignorer.

— Mais que voulez-vous ?

— Des réponses.

— Je ne sais rien ! Rien du tout !

Elle se tassa à nouveau contre le mur, effrayée. Qui était donc cette femme ? Pourquoi la pressait-elle de questions ? Que se passerait-il si elle était incapable d’y répondre ?

— S’il vous plaît, allez-vous-en !

Impuissante, sans défense, sans même la possibilité de s’enfuir, elle cédait peu à peu à la panique. Plusieurs fois, elle ferma les yeux puis les rouvrit, avec l’espoir que tout ceci n’ait été qu’un cauchemar bien trop vivide. Toujours, la femme en noir se tenait devant elle.

— Tu n’as pas à avoir peur de nous, nous te l’avons déjà dit.

— Et pourquoi je devrais vous croire ?

— Tu tiens donc à la vie, après tout… C’est bien, Liiine. Nous avons besoin de toi.

— Pourquoi moi ? Je ne suis rien !

— Au contraire, Liiine. Tu es à l’origine de tout. Tout dépend de toi.

Lyen décida de ne pas la contrarier. Elle garda le silence. Lentement, sa peur laissait place à une légère curiosité. Tout comme le Fils, cette femme paraissait avoir un but bien précis qu’elle ne pourrait atteindre sans elle. Quoi qu’elle fasse, elle ne se débarrasserait pas d’elle tout de suite. Cela la rassura quelque peu.

— Que penses-tu de Lúka, Liiine ?

Son visage se déforma sous la haine. Elle savait qu’elle aurait dû se contenir, cacher ses émotions, mais en était incapable.

— Je le hais. Un jour, je le tuerai !

— Oh, non, tu ne le tueras pas. Mort, il ne nous serait d’aucune utilité. Et puis, Liiine, ne trouves-tu pas que la mort serait encore bien trop douce pour lui ? Ne préférerais-tu pas qu’il souffre pour l’éternité ?

Lyen se détendit enfin et s’autorisa même un sourire.

— Nous allons bien nous entendre, Liiine.

 

La femme lui sourit et ses yeux violets devinrent soudain plus clairs. Ses cheveux sans reflet tombaient sur sa robe noire, lourds et raides. Lyen avait toujours été intriguée par l’impression de noirceur qui se dégageait de cette chevelure. Les boucles de Lúka aussi étaient noires, pourtant elles n’avaient pas cette curieuse absence de relief. C’était comme… C’était comme si quelqu’un avait découpé l’univers à l’endroit des cheveux de cette femme et qu’il n’était resté que le néant. Une comparaison absurde, certes. Néanmoins c’était la seule manière dont elle parvenait à expliquer ce qu’elle ressentait.

— Si tu mènes à bien ta mission, Liiine, nous t’offrirons ce que tu souhaites le plus au monde…

Les mots qui sortaient de sa bouche ne correspondaient pas tout à fait au mouvement de ses lèvres. Parfois, ses cheveux ou sa robe traversaient le montant d’acier du lit de Lyen. Et qu’importe l’endroit où elle se trouvait et la luminosité de la pièce, elle ne projetait pas d’ombre. En un sens, cette femme lui rappelait l’hologramme de Z’arkán, ce qui expliquait ses apparitions soudaines. Mais un jour, le tissu de sa robe avait effleuré sa jambe, sans le moindre doute possible. Et Lyen s’était dit que tout était bien plus compliqué que ce qu’elle avait imaginé.

— Ce que je souhaite le plus au monde ?

— Un enfant, Liiine. Un enfant bien à toi, que tu élèveras, que tu aimeras. Un enfant qui vivra.

 

Lúka entra soudain dans la pièce, les cheveux en bataille et les yeux légèrement cernés. S’occuper d’un bébé de deux mois n’était pas de tout repos. Lyen leva son visage vers lui, méprisante.

— À qui tu causes, L.I. ? demanda-t-il d’un ton railleur.

— Mais à personne, T18.

Il cilla et ses yeux s’écarquillèrent. Elle sourit, satisfaite. Il avait été déstabilisé par sa réponse, elle n’aurait pas pu espérer mieux.

— C’est Line qui t’a dit ça ?

Lyen se contenta d’afficher un petit air narquois. Il s’avança vers elle et son sourire s’effaça. Un peu.

— Ne me touche pas.

— Tu me donnes des ordres, maintenant ?

Elle souffla sur une mèche rousse qui flottait devant ses yeux. Depuis son retour au Laboratoire, Lúka ne lui avait pas encore coupé les cheveux. De toute évidence, cela ne l’amusait plus. Ils étaient maintenant bien assez longs pour qu’elle les tresse, mais cette fois-ci, c’était elle que cela n’amusait plus. Lyen, princesse d’Eaven, était morte. Elle plongea ses yeux dans les siens et se mit à rire. Il la gifla avec une brutalité peu commune, même pour lui. Surprise, elle porta ses doigts à sa bouche ; un peu de sang colorait sa salive.

— Tu te crois le plus fort, Lúka. Tu te crois le plus fort parce que tu frappes une femme sans défense. Une femme enceinte de six mois, en plus. Tu es pitoyable. Mais dans un sens je te comprends : après tout, il te fallait un adversaire à ta taille…

— La ferme, L.I. ! Si ça ne tenait qu’à moi, ton corps serait déjà rongé par les vers !

— Je te suis infiniment reconnaissante de m’avoir épargnée.

Il la frappa à nouveau, cette fois-ci bien plus fort ; elle ne cria pas, malgré la douleur qui explosait dans sa mâchoire.

— Je ne suis plus la petite fille de six ans apeurée que l’on a amenée ici dans une cage, Lúka. En revanche, toi, tu es toujours le même gosse insolent et mal dans sa peau. Tu es terrifié, et tu le caches en frappant sur ceux qui ne peuvent rien contre toi, lâcha-t-elle, la bouche en sang et la lèvre fendue.

Il sourit. Elle ne put s’empêcher de se crisper. Peut-être avait-elle exagéré… Après tout, même s’il ne la tuerait pas, il avait d’autres moyens de lui faire payer son insolence.

— Tu veux que je te dise, L.I. ? Jamais tu n’as été si loin de la vérité. Je ne te frappe pas parce que je suis terrifié et que je veux te montrer que je suis le plus fort. Tout le monde sait que je suis le plus fort. Même toi. Non, si je te frappe, c’est simplement parce que j’aime ça. Si tu savais quel plaisir j’ai éprouvé quand mon poing s’est écrasé sur ta bouche ! C’était presque jubilatoire.

— Comme quand tu baisais ma sœur ? cracha-t-elle.

— L.I., L.I… Qui t’a appris tous ces vilains mots ? Ce n’est pas Line, quand même ?

Elle lui lança un regard chargé de haine.

— Nato a compté pour moi, que tu le veuilles ou non, reprit-il d’un ton très calme. Ta sœur était une personne si douce et si généreuse ! C’est dommage que ce soit elle qui soit morte. J’aurais préféré que ce soit toi.

— Mais Nato n’aurait pas pu porter ton petit frère et ta petite sœur, susurra Lyen en posant les mains sur son ventre. Ta petite sœur… Tu aimes les sœurs, Lúka, hein ? Surtout la tienne. Un peu trop, peut-être… Et ta petite sœur, tu l’aimeras aussi ?

— Tu es vraiment atteinte, L.I. Je n’aurais jamais dû écouter Line. J’aurais dû te laisser mourir, décréta-t-il en tournant les talons.

— Tu ne sais pas à quel point tu dis vrai, conclut-elle d’une voix rêveuse. Pas encore…

Il lui fit face, mais elle avait fermé les yeux et un fin sourire étirait ses lèvres ensanglantées.

 

— Z’arkán, donne-moi la lecture de l’enregistrement de la cellule de L.I., à partir d’aujourd’hui, dix heures, ordonna Lúka.

— Bien, Père.

Un écran virtuel se dessina devant ses yeux, montrant Lyen assise sur son lit. Elle était seule.

— Avance rapide. Stop ! Vitesse normale, s’il te plaît.

La femme parlait. Il n’y avait personne dans la cellule, cependant ce n’était pas ce qui l’étonnait. Après tout, cela faisait longtemps qu’il avait compris qu’elle était folle. Non, ce qui attira son attention au point de le faire presque frissonner, c’étaient les interférences sur l’écran. Juste à l’endroit où Lyen portait son regard, il y avait tout une zone où l’image était comme brouillée. Lúka tenta de se raisonner, de se dire que la caméra était sans doute défectueuse, néanmoins lorsqu’il demanda les plans de la caméra auxiliaire, il vit que ceux-ci étaient identiques. Oh, ce n’étaient que quelques interférences, pourtant cela n’apparaissait pas sur les enregistrements précédents. À moins que ?

— Z’arkán, je veux que tu reprennes la totalité des enregistrements de la cellule de L.I. jusqu’à aujourd’hui, que tu les analyses à la recherche de ceci.

Il entoura du doigt la zone d’interférences sur l’écran virtuel.

— Oui, Père.

Pendant quelques secondes, l’hologramme de Z’arkán vira au bleu et ses yeux se fermèrent. Puis, il reprit sa couleur naturelle et releva ses paupières.

— Dix-neuf occurrences trouvées, Père.

Lúka mordilla nerveusement l’ongle de son pouce. Cela commençait à devenir préoccupant. Était-il possible que les deux caméras soient endommagées ? Cela n’aurait pas de sens… Sans compter que la plupart des plans étaient parfaitement normaux.

— Donne-moi un rapport détaillé. Quand ces interférences ont-elles commencé ?

— Le premier janvier 2067 à 00 h 23.

Le rapport apparut sous ses yeux. Les interférences ne semblaient pas se produire à intervalles réguliers. Parfois deux dans la même journée, parfois rien pendant une semaine. Lúka porta sa main à sa bouche et recommença à ronger l’ongle de son pouce, pensif. Il se trompait sans doute, toutefois il lui semblait que c’était plus ou moins à cette période que Lyen était devenue vraiment bizarre. Sur le moment, il s’était dit qu’elle était jalouse de Line et Mikhail. À présent, il n’en était plus si sûr.

— Père, si je puis me permettre une INR…

Lúka ne put s’empêcher de sourire. Intervention non requise… Quelques années plus tôt, il en avait eu assez de Z’arkán et de ses « interventions non requises » et lui avait dit qu’il ne les lui interdirait pas à condition que l’ordinateur trouve un autre nom. Ce que Z’arkán s’était empressé de faire. Parfois, Lúka se disait que cet ordinateur était presque vivant. Il trouvait cela génial. Line trouvait cela terrifiant.

— Permets-toi, voyons.

— Les occurrences des interférences correspondent aux fluctuations dans l’énergie du système.

Lúka avait remarqué de légères variations dans la consommation d’énergie de Z’arkán, quelques jours plus tôt, mais ne s’était pas inquiété outre mesure. L’augmentation de la demande était infime, il avait attribué cela à la surchauffe du système. Ledit système n’était pas censé surchauffer, néanmoins c’était la seule explication qu’il avait trouvée. Il devait avouer qu’il n’avait pas beaucoup cherché.

— Une correspondance exacte ?

— Affirmatif, Père.

— Peux-tu définir la source de l’augmentation de la demande en énergie de ton système ?

— Négatif, Père.

Il soupira et passa la main dans ses cheveux. Cela devenait sérieux. Il lui faudrait se pencher sur le problème.

— Père, puis-je me permettre une nouvelle INR ?

— Vas-y.

— Vous devriez écouter la bande-son, Père.

Il se maudit de ne pas y avoir lui-même pensé. Z’arkán commença la lecture des enregistrements sonores de la cellule de Lyen et Lúka blêmit. Cela ne ressemblait à rien. Un brouhaha continu, une sorte de crachotement.

— Des interférences, encore ! Est-ce que tu peux décoder quelque chose derrière tout ça ?

— Affirmatif, Père.

— Donne-moi la lecture, alors.

— Si je peux me permettre, Père, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

Lúka pesta. Sa patience commençait à s’effriter.

— Ne joue pas à ça avec moi ! Je t’ai doté d’une intelligence évolutive, d’accord, et pour ce que j’en pense, tu peux emmerder les autres avec tes états d’âme et tes impressions, mais pas moi. C’est bien compris ?

— Oui, Père. Je suis navré. Je vais lire l’enregistrement.

Z’arkán avait pris sa voix la plus sombre pour lui annoncer cela. La voix que Lúka avait programmée pour une unique occasion : informer l’utilisateur du crash irréversible du système. Il l’avait surnommée la voix de l’apocalypse, et ne s’était pas attendu à ce que qui que ce soit d’autre que lui l’entende un jour. Cela n’aurait pas fait bon ménage avec les arguments mis en avant concernant la stabilité de cet OS.

— Tu ne veux pas me jouer la marche funèbre, pendant que tu y es ?

— Je détecte du sarcasme dans votre voix, Père. Le sarcasme n’y sera plus lorsque vous aurez entendu l’enregistrement, prédit l’ordinateur, employant toujours la voix de l’apocalypse.

Lúka croisa les bras sur sa poitrine et se cala dans son fauteuil, les sourcils froncés. Cependant, dès qu’il entendit les premières phrases, son sang se glaça et une expression de pure terreur se peignit sur son visage.

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