Chapitre IV

15-03-2340, Alia

 

Ruan se pencha au-dessus de l’inconnue et hésita à soulever ses paupières pour observer ses pupilles. Lúka avait parlé d’yeux de chat… Présentait-elle simplement un colobome irien ? Une anomalie chromosomique pouvait créer ce genre de défaut de fermeture de l’iris, donnant l’apparence d’une pupille allongée. Lorsqu’elle serait réveillée, il serait curieux de lui faire passer quelques tests visuels. Les chats avaient une meilleure vision dans l’obscurité, cependant ils percevaient moins de couleurs que les êtres humains et voyaient un peu flou de près. Partageait-elle ces caractéristiques ? Il résolut de patienter jusqu’à son réveil et laissa retomber la main qu’il avait déjà avancée vers son visage.

L’inconnue remuait un peu dans son sommeil, néanmoins ses ondes cérébrales n’étaient pas encore passées en phase d’éveil. Ruan la détailla du mieux qu’il le put. Le sixième doigt était un deuxième majeur, un peu plus petit que le premier. Cela ne l’étonna guère : l’évolution avait depuis des centaines de millions d’années limité le nombre de doigts à cinq chez les mammifères, et même si la polydactylie n’était pas exceptionnelle, elle ne résultait jamais de la création d’un doigt surnuméraire avec sa propre identité, mais toujours d’une copie d’un doigt déjà existant. La plupart du temps, le doigt supplémentaire n’était que peu fonctionnel. Dans son cas, il était parfaitement formé ; elle en avait sûrement l’usage.

Non, sans doute possible, la crainte d’une origine toriane était infondée… Qui – quoi – que soit cette femme, elle ne venait pas de la planète ennemie. Même si Lúka ne lui avait donné que peu d’informations sur elle, il avait admis qu’elle était spéciale. Il avait hâte de découvrir à quel point.

Son regard glissa de ses doigts à son poignet gauche, où la perfusion faisait couler dans son sang du liquide physiologique enrichi. La chemise de nuit était rabattue sur le dos de sa main, et le tissu montrait un étrange pli. Il le repoussa, découvrant un bracelet noir tout à fait circulaire, d’aspect métallique. Délicatement, il souleva le bras de la femme pour l’examiner : le bracelet ne semblait pas avoir d’attache et était pourtant trop étroit pour être enfilé sans être ouvert. Sa surface présentait une gravure régulière – sans doute un nom ou un matricule – dans une écriture qu’il ne parvint pas à déchiffrer. Il lui paraissait familier. Il était sûr d’en avoir déjà vu un semblable, mais où ?

Heinrich s’approcha de lui, voyant qu’il s’attardait sur l’objet.

— Nous avons tenté un prélèvement, cependant nous n’avons pas pu entamer le métal. Il faudra attendre qu’elle soit réveillée. Nous pourrons essayer le laser…

— Vous avez remarqué ses yeux de chat ?

— Ses… yeux de chat ? répéta le médecin sur un ton hésitant ; de toute évidence, il se demandait si le jeune chercheur n’était pas en train de se payer sa tête.

— Bande d’incapables, soupira Ruan. Où est Lewis ?

— Aucune idée. C’est quoi cette histoire d’yeux de chat ?

— À vous de le découvrir. Il faut que je voie Lewis !

Heinrich s’approcha de la femme et allait écarter une mèche de cheveux sur son visage, lorsqu’il suspendit son geste : elle était en train de s’éveiller…

Ses paupières frémirent, puis s’ouvrirent sur de grands yeux gris bleu. Des yeux qui n’avaient rien d’humain…

— Vous avez vu ses pupilles ? chuchota-t-il.

— Évidemment, rétorqua Ruan. Des pupilles oblongues, comme les chats. C’est ce dont je vous parle depuis tout à l’heure.

— Vous croyez qu’elle nous voit ?

— Je pense qu’elle est encore dans son sommeil.

L’inconnue fixa enfin son regard sur eux, et ses yeux s’agrandirent. Elle poussa un gémissement terrifié. Sur les écrans, les deux hommes virent son pouls s’accélérer, et les appareils se mirent à sonner, ce qui acheva de la paniquer.

Avant qu’ils aient pu faire un geste, elle bondit hors du lit. Ce mouvement brusque arracha sa perfusion, qui s’écrasa sur le sol dans un vacarme métallique. Hurlant de toute la force de ses poumons des phrases dans un langage qu’ils ne comprenaient pas, elle se recroquevilla dans le coin de la pièce, la tête cachée au creux de son bras droit. Du sang coulait du dos de sa main gauche, à l’endroit où l’aiguille avait blessé la peau.

— Faites taire ces machines, ordonna Ruan, sans la quitter du regard.

Heinrich stoppa les alertes sonores et la jeune femme sembla se calmer un peu. Ruan s’approcha d’elle avec lenteur, les bras tendus, les mains ouvertes. Il aurait voulu lui sourire pour lui montrer que ses intentions étaient amicales, toutefois le masque de protection qui couvrait son visage rendait la manœuvre inutile. Il s’accroupit près d’elle puis caressa doucement ses cheveux en lui murmurant des paroles de réconfort. Elle le repoussa avec une force inattendue, les yeux fous et les joues noyées de larmes.

Il avança à nouveau la main vers elle, mais elle se jeta sur lui pour tenter de lui arracher son masque. Aussitôt, Heinrich vint à son aide. Ils ne furent pas trop de deux pour la maîtriser. Elle se débattit en pleurant. Ruan prépara une dose de sédatif, qu’il lui injecta non sans mal. Quelques instants plus tard, ils couchèrent son corps inanimé sur le lit avant d’entraver ses poignets et ses chevilles.

— Eh bien, c’est une vraie furie, cette petite ! plaisanta Ruan.

Heinrich ne répondit pas et se contenta de le fixer.

— Nous l’avons terrifiée, avec nos masques. La pauvre… Le sédatif la fera dormir quelques heures. J’espère qu’elle sera un peu plus calme lorsqu’elle reprendra conscience.

— Docteur Paso, votre combinaison…

— Oui ? demanda Ruan comme Heinrich se taisait à nouveau.

— Elle est déchirée.

Ruan se tourna vers le miroir sans tain. La déchirure n’était pas grande ; suffisante pourtant pour qu’il soit désormais considéré comme contaminé, donc traité en tant que tel. Cela présentait quelques inconvénients, et deux avantages : il ne serait plus forcé de porter une combinaison et il pourrait rester en zone d’isolement.

— Docteur Paso, ce n’est pas parce que vous avez été en contact avec le virus que vous êtes forcément contaminé…

— Je vais aller me changer, annonça Ruan d’un ton froid. J’en ai pour un moment, je dois d’abord me faire décontaminer.

— Je suis désolé.

— Ne le soyez pas. On ne sait même pas si ce virus est contagieux.

— Mais s’il l’est ?

— On avisera. Faites bien attention à vous, Heinrich. Ces combinaisons n’ont pas l’air des plus solides. Et trouvez-moi le colonel Lewis. Il a coupé sa radio, et il est impératif que je lui parle au plus vite.

— Les combinaisons Hazmat sont censées résister à de puissants chocs, je ne comprends pas comment la vôtre a pu se déchirer ! s’étonna le médecin en secouant la tête. Je suis navré, Docteur Paso. Je vous contacte dès que je trouve le colonel.

Ruan acquiesça en silence, avant de tourner les talons, une lame de scalpel cachée entre ses doigts.

 

Arrivé dans la chambre qu’il s’était attribuée dans la zone d’isolement de niveau un, Ruan n’eut qu’une envie : s’allonger sur le lit pour dormir quelques heures. Depuis la veille, il n’avait pas fermé l’œil. L’inexplicable absence de Lúka au rendez-vous prévu avait chamboulé ses plans et il avait passé la nuit à établir une stratégie crédible avec Daniel Borovitch. À présent, il payait le prix de son manque de sommeil. Il ne pouvait toutefois pas se permettre de se reposer, il y avait encore bien trop à faire. Doyle avait réclamé l’aide d’Ylana pour ses recherches sur le virus. Il avait parlé un peu plus tôt avec le colonel Lewis et celui-ci avait pris les arrangements pour son arrivée. Néanmoins, le plus délicat restait à faire : la prévenir. Il décrocha le téléphone de sa chambre et demanda la communication.

— Ylana ?

— Ruan ? C’est toi ? Il doit y avoir un problème de transmission, ta voix est étrange. Tu veux que je te rappelle ?

— Non, c’est normal, je porte une combinaison Hazmat, c’est le masque qui fait ça.

— Une combinaison ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Marianne m’a appelée pour me prévenir que tu ne rentrerais pas et a refusé de m’en dire plus. Je me suis tant inquiétée !

Ruan s’assit sur le lit en poussant un profond soupir. L’idée de mêler sa compagne à tout cela lui répugnait toujours autant, cependant avait-il le choix ? Elle était la meilleure, il devait agir dans l’intérêt de la mission, non dans son propre intérêt.

— Je t’expliquerai tout, mais on a besoin de toi. J’ai envoyé deux militaires te chercher, c’est très important.

— Plus important que notre union ? Ruan, je dois déjà tout organiser toute seule, je n’ai pas une minute à moi. Et Renucci doit passer d’un instant à l’autre pour prendre les mesures pour la robe !

— À dix heures du soir ?!

— Il est très demandé !

— Ylana, je t’ai déjà dit que je ne voulais pas que tu prennes cette robe, elle coûte trois fois mon salaire !

— Mais enfin, on peut se le permettre ! Et puis c’est la plus belle, tu l’as dit toi-même !

— Celle d’Epherson est presque pareille et elle coûte dix fois moins cher !

Cette conversation commençait à l’agacer. Ylana était une femme splendide et indépendante comme il les aimait, pourtant quelquefois il se demandait s’il avait bien fait son choix… Il venait de lui apprendre qu’il portait une combinaison de protection et qu’il avait envoyé des militaires la chercher, elle ne pensait qu’à sa robe.

— Chéri, tu sais bien que notre union va être retransmise sur les chaînes de télévision, je ne veux pas avoir l’air d’une pauvre petite niveau 3.

— Tu es une niveau 3 !

— Justement !

— Ylana, tu ne veux pas remettre cette conversation à plus tard ? Franchement, je te parle d’une situation de crise, et toi tu me parles de ta robe ! Parfois, j’ai l’impression que tu n’as aucun sens des priorités.

— Ce n’est pas la peine d’être désagréable ! Peut-être que je me rendrais mieux compte de l’importance et de l’urgence de la situation si tu acceptais de m’en dire un peu plus.

— Je ne peux rien t’expliquer pour l’instant, Lewis s’en chargera à ton arrivée. N’oublie pas d’annuler le rendez-vous avec Renucci ; on ne prendra pas cette robe, c’est mon dernier mot.

Il coupa la transmission pour ne pas entendre les protestations d’Ylana et enfouit son visage dans ses mains.

— Qu’est-ce qui m’a pris de la demander en union ? grommela-t-il. Comme si ma vie n’était pas assez compliquée comme ça !

Au fond de lui, il connaissait la réponse : Ylana Schmidt était belle et intelligente. C’était une brillante chercheuse, qui prendrait sans doute la tête du département de microbiologie d’ici peu. Ils s’entendaient bien et s’appréciaient beaucoup. Il ne l’aimait pas, tout comme il n’avait jamais aimé aucune de ses nombreuses conquêtes. Il s’était fait une raison : le grand amour n’était pas pour lui.

À trente et un ans, il était en âge de fonder une famille ; Ylana voulait assurer son avenir en s’unissant à lui. Ils formaient un beau couple. Certes, elle avait une forte tendance à lui taper sur les nerfs dès qu’ils avaient plus de quelques jours de congé ensemble – et cela ne s’était pas amélioré dernièrement, avec le stress des préparatifs de l’union –, mais de toute façon, il ne la voyait pas souvent : il n’était presque jamais chez lui, passant le plus clair de son temps aux DMRS. Elle travaillait beaucoup elle aussi et était plus intéressée par sa carrière que par des soirées romantiques. Cela faisait deux ans qu’il vivait avec elle, tout allait plutôt bien entre eux. En serait-il de même dans dix ans ? Il tenta de chasser ces pensées de son esprit. Ce n’était guère le lieu ni le moment d’avoir de pareils doutes.

Il plongea la main dans la poche de sa combinaison pour en sortir la rose en papier. Il la tourna et la retourna entre ses doigts, admirant la complexité du pliage. Lúka était un homme bien étrange : il paraissait envisager la mort de cette jeune femme avec l’indifférence la plus totale, pourtant il prenait le temps de lui fabriquer une rose.

Et ce virus…

Les résultats des analyses revenaient peu à peu, tous plus déroutants les uns que les autres. Pour l’instant, l’état de la femme s’était stabilisé. Par précaution, il avait augmenté le débit de la perfusion, pour fluidifier son sang.

Les bébés étaient en parfaite santé et avaient déjà été nourris deux fois. Les analyses les concernant n’étaient toujours pas terminées. Ruan avait demandé à être le premier informé dès que les résultats seraient prêts ; les paroles de Lúka avaient attisé sa curiosité.

Il consulta sa montre : cela faisait un peu plus de deux heures qu’il avait injecté le sédatif à la femme ; elle s’éveillerait d’un moment à l’autre. Il devait aller chercher Ludméa.

 

Ludméa fut tirée de son sommeil par une main qui secouait son épaule avec douceur. Elle ouvrit les yeux péniblement, luttant contre la fatigue, mais la vue de l’homme en combinaison suffit à la réveiller tout à fait. Un instant, elle se demanda où elle se trouvait, puis tout lui revint. Elle s’assit sur le lit puis se frotta les yeux.

— Quelle heure est-il ?

— Un peu plus de vingt-deux heures.

— J’ai dormi si longtemps ?

— Vous deviez avoir besoin de sommeil. Vous vous sentez mieux, maintenant ? Feigl m’a raconté que vous aviez eu des vertiges après vos prises de sang. Il faudrait que l’on prenne votre tension, pour s’assurer que tout est rentré dans l’ordre.

— Ça va mieux.

Elle releva la manche de son pull et grimaça en voyant l’hématome qui s’étendait au pli du coude.

— Il faudra soigner ça, décréta Ruan. Vous vous êtes blessée au travail ?

— Non, c’est votre sympathique collègue qui s’est acharné sur mon bras.

— Je vois. Je vous donnerai de la crème.

Elle haussa les épaules. Ce n’était qu’une ecchymose.

— La jeune femme s’est réveillée, j’ai pensé que vous auriez envie de la voir.

— Il n’y a pas de danger ?

— Absolument aucun.

Elle se baissa pour enfiler ses bottes. Il l’observa, appréciant la manière dont ses fins cheveux blonds tombaient sur son front, contrastant avec sa peau brune. Elle était plutôt mignonne, en fin de compte. Plus il la regardait, plus elle lui plaisait.

— Je suis prête.

— Vous avez encore des vertiges ?

— Non, plus rien. Ce devait être la fatigue et la faim.

— C’est ma faute. J’aurais dû vous faire apporter un repas plus tôt. Cependant il est conseillé d’être à jeun pour les prises de sang. Je voulais faciliter les analyses, je n’avais pas réalisé à quel point vous étiez exténuée.

Ils quittèrent la pièce et retraversèrent les couloirs. Cette fois, Ruan l’emmena vers le sas. Il passa sa carte dans la serrure électronique et la porte de verre s’ouvrit. Ludméa se rapprocha instinctivement de lui, guère rassurée par cet environnement stérile plutôt étrange et inhabituel. Le sas étanche se referma derrière eux ; un souffle chaud lui fouetta le visage. Elle écarta les cheveux qui tombaient devant ses yeux et regarda, nerveuse, la porte qui leur faisait face coulisser. Deux hommes vêtus de combinaisons Hazmat l’aidèrent à en revêtir une, avant de lui expliquer les règles de sécurité. Une fois le masque rabattu sur son visage, elle se demanda comment faisaient les autres pour supporter le poids du vêtement et la sensation d’étouffement qu’il créait. Après quelques minutes à peine, elle mourait de chaud. Ruan jeta sa carte, avant de l’entraîner dans un nouveau sas. La porte s’ouvrit après ce qui lui sembla une éternité pour leur permettre l’accès à la zone d’isolation maximale. Il appuya sur un bouton, et une carte magnétique en tout point identique à celle dont il venait de se débarrasser apparut. Il s’en saisit et l’empocha.

— Le plastique ne se décontamine pas bien. Les cartes usagées sont détruites.

— Pas très écologique, tout ça.

— C’est sûr que ce serait beaucoup plus productif de devoir évacuer toute la région en cas de fuite…

Elle se tut, reconnaissant la justesse de l’argument. Lorsqu’ils franchissaient le sas dans l’autre sens, ils abandonnaient leurs combinaisons, qui étaient ensuite soigneusement décontaminées à l’aide de diverses solutions désinfectantes puis exposées à de très hautes températures. Ils en revêtaient de nouvelles pour passer dans la zone d’isolation de niveau un. Ruan parut prendre plaisir à lui expliquer tout le processus, en énumérant les produits utilisés pour la décontamination et leur fonction, et elle l’écouta d’une oreille distraite, n’y comprenant de toute manière pas grand-chose. La préservation de l’environnement n’avait pas été un critère de choix dans la construction de la zone de quarantaine. C’était sans doute mieux ainsi, pour leur propre sécurité.

Une fois dans le couloir, ils croisèrent plusieurs médecins qui les saluèrent, et s’arrêtèrent devant la chambre où se trouvait la jeune inconnue. Avant d’ouvrir, Ruan se tourna vers Ludméa :

— Il faut que vous sachiez qu’elle est assez agitée. Lorsqu’elle a ouvert les yeux et qu’elle nous a vus, elle a paniqué. Nous avons dû lui administrer un léger sédatif.

Elle hocha la tête. Elle aussi aurait été paniquée si elle s’était réveillée dans un endroit qu’elle ne connaissait pas, entourée de gens en combinaison portant un masque.

 

À travers le voile de sa torpeur, la femme vit deux individus masqués et vêtus d’étranges combinaisons jaunes s’approcher d’elle. La peur l’envahit à nouveau et elle voulut cacher son visage dans ses mains, cependant ses poignets étaient entravés. Que s’était-il passé ? Pourquoi était-elle attachée sur le lit ? Les bébés n’étaient plus en elle, pourtant la douleur dans son ventre n’avait pas diminué et pulsait à chaque battement de son cœur. Celle de son épaule gauche était heureusement beaucoup moins forte. À son réveil, avant que l’homme en combinaison ne l’endorme, elle avait scruté la pièce malgré sa panique. Même s’ils étaient en vie – ce dont elle n’était pas certaine –, ils n’étaient pas avec elle ; ils lui avaient sans doute été enlevés, comme les précédents. Une larme coula sur sa joue : tout ça pour rien ! Cette fuite, toutes ces épreuves, pour être enfermée à nouveau, séparée de ses enfants !

Et les deux inconnus en combinaison s’approchaient d’elle… Qu’allaient-ils encore lui faire ?! Elle essaya de dégager ses poignets ; les lanières de cuir s’enfoncèrent dans sa chair.

Ils lui parlaient, leur voix nasillarde et aiguë débitant un flot de paroles qu’elle ne comprenait pas. L’un d’eux avança la main vers elle. Paniquée, elle ferma les yeux, les poings crispés.

 

— Elle est terrorisée ! Regardez-la : vous l’avez attachée, comme une bête ! protesta Ludméa.

— Elle aurait pu se blesser, expliqua Ruan. Mais ce n’est qu’une mesure temporaire. J’espérais qu’elle se serait calmée.

— Nous lui faisons peur, avec nos combinaisons.

— C’est vrai, dit-il d’un ton détaché.

Elle devait enlever son masque, il fallait qu’elle ôte ce masque de son visage, c’était la seule solution, elle n’avait pas le choix… Le masque allait l’étouffer si elle ne l’enlevait pas tout de suite… L’oxygène manquait, elle n’allait pas tarder à perdre conscience, il fallait qu’elle agisse… maintenant !

Ludméa, sans qu’elle puisse retenir son geste, arracha son masque de protection. Prise de panique, elle le laissa tomber sur le sol avant de se figer, les yeux agrandis de stupeur. Puis, après ce qui sembla une éternité, elle se tourna vers Ruan, les lèvres tremblantes. Les médecins entrèrent immédiatement dans la pièce et s’avancèrent vers elle, avec la ferme intention de l’emmener dans le sas de décontamination.

— Je… je ne sais pas ce qui m’a pris, je…

Ruan parut revenir à lui et se précipita sur elle. Il l’empoigna pour l’entraîner sans ménagement hors de la pièce avant que les médecins ne puissent se charger d’elle.

— Vous êtes folle ! On peut savoir ce qui vous est passé par la tête ? Toutes ces mesures de protection, et vous enlevez votre masque dans l’endroit le plus critique de toute la zone de quarantaine !

Elle baissa les yeux et se perdit dans l’observation de ses bottes.

— Je vous ai amenée ici, je vous ai fait confiance. De quoi ai-je l’air, maintenant ?

— Je ne sais pas ce qui m’est arrivé ! Je n’avais pas l’intention de faire ça, je vous assure ! C’était comme si je ne contrôlais plus mes gestes ! Je ne pouvais plus du tout respirer, et…

— Vous êtes inconsciente, Ludméa. Vous agissez de manière irresponsable alors qu’on a un virus inconnu qui…

— Un virus ? Alors il y a vraiment un virus ? Vous m’aviez dit que…

— Il y a un virus.

Ludméa se laissa glisser contre le mur, les yeux remplis d’incompréhension. Pourquoi avait-elle fait cela ? C’était comme si une force l’avait poussée à ôter son masque, comme si elle avait été manipulée. À présent, elle était sans doute contaminée. Et au vu de toutes les protections qui avaient été prises, de l’armada de médecins en combinaison, ce virus ne devait pas être bénin.

— Alors je vais mourir ? demanda-t-elle d’une toute petite voix.

— Non, vous n’allez pas mourir. Les analyses sont revenues : ce virus ne semble pas contagieux. Les animaux mis en contact avec elle se portent parfaitement bien. Bien sûr, nous n’avons pas pu exclure une réaction sur le long terme et il faudra faire de nombreuses analyses supplémentaires, alors je ne peux rien vous garantir pour le moment. Cependant, à première vue, tout va bien.

— Pourquoi n’enlevez-vous pas votre masque, si ce virus n’est pas contagieux ?

Ruan hésita. D’un côté, de par sa position hiérarchique, il ne pouvait se permettre d’agir de manière aussi irresponsable et contraire aux règles de sécurité, d’un autre côté, il avait très envie de la mettre en confiance. De plus, il n’y avait aucun danger. Et il l’aurait fait tôt ou tard… Rester vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans la zone d’isolation maximale lui permettrait de garder le contrôle sur ce qui s’y passerait et de surveiller ses employés en permanence. Sans compter que la combinaison était pénible à porter, et qu’il ne pouvait guère la supporter plus de deux heures.

Sous les yeux ébahis de la jeune femme, il retira lentement son masque de protection. Un médecin qui passait dans le couloir à ce moment-là s’arrêta net.

— Docteur Paso ? Qu’est-ce que vous faites ?!

Ruan se tourna vers lui, le masque couvrant encore à demi son visage. L’homme semblait hésiter entre rester à distance ou se jeter sur lui pour le lui remettre de force.

— Arrêtez ! Ne faites pas une chose pareille, on peut trouver une solution.

— Heinrich, je sais ce que je fais.

— Que cette jeune femme se promène sans masque, soit, elle a de toute manière déjà été en contact avec l’inconnue. Je n’approuve pas cette décision, toutefois personne ne m’a demandé mon avis là-dessus. Mais vous ? Pourquoi vous mettre en danger ainsi ? La déchirure était petite, il n’y a sans doute même pas eu de contamination ! Vos agissements sont contraires à toutes les règles de sécurité, je vais être obligé d’en référer au colonel Lewis. Si vous vous rendez immédiatement au sas de décontamination, le risque de contagion sera moins élevé.

Ruan finit d’ôter son masque et le tendit au médecin.

— Dites-moi, Heinrich… Votre promenade inopinée dans le couloir avait-elle un but, ou vous vouliez juste vous dégourdir les jambes ? Je suis sûr que vous avez plein de choses à faire. Ce serait de toute manière plus utile que de surveiller mes moindres faits et gestes. Et parlez à Lewis si vous voulez, il n’a aucun pouvoir sur moi.

Heinrich ne répondit pas et finit par regagner la pièce qu’il venait tout juste de quitter. Nul doute que, dans les deux minutes, tout le monde serait au courant du geste insensé du directeur adjoint.

Ruan se tourna vers Ludméa, un grand sourire aux lèvres. Cette dernière avait enfoui son visage dans ses mains.

— Ludméa ? Est-ce que ça va ?

— J’ai mal au crâne, marmonna-t-elle sans relever la tête.

— Je vais vous donner quelque chose pour faire passer ça.

Enfin, elle leva son visage vers lui et tenta un pâle sourire.

— Je vous imaginais plus vieux.

— Il n’y a pas d’incompatibilité entre le fait d’être jeune et celui d’être chercheur.

— Vous m’avez menti. Vous n’avez pas enlevé votre masque parce que vous saviez qu’il n’y avait pas de danger, mais parce que vous avez été contaminé vous aussi.

— J’ai peut-être été contaminé, nuance. Et me croyez-vous assez fou pour m’exposer inutilement à un virus ?

— Dans ce cas, si vous saviez qu’il n’y avait pas de danger, pourquoi m’avez-vous sermonnée comme cela ?

Ruan ne répondit pas. Une légère teinte de rouge envahit ses joues. Ludméa le fixa d’un air peu affable, puis se releva avec lenteur, embarrassée par la combinaison. Il passa une main gantée dans ses cheveux blonds, qu’il remit en place avec soin.

— Vous voulez que je vous ramène à votre chambre ?

— Pourquoi ?

— Votre mal de crâne…

— Ça va un peu mieux. Je pense que c’était un début de panique.

Ruan hocha la tête distraitement. Il avait observé son visage lorsqu’elle avait découvert le sien et n’y avait décelé aucune émotion. Même s’il ne l’aurait jamais avoué, il se sentait blessé dans son amour-propre : il plaisait aux femmes et aimait voir l’appréciation dans leurs yeux lorsqu’elles le voyaient pour la première fois.

Cependant, la jeune femme avait d’autres soucis en tête, et il ne s’était pas montré sous son meilleur jour avec elle.

Et puis… Lúka avait raison : il devait se concentrer sur sa mission. Essayer de séduire une jeune femme qui ne l’attirait même pas n’avait pas sa place dans ses priorités actuelles. Sans compter qu’Ylana et lui s’uniraient dans à peine trois mois.

D’un air résolu, il passa sa carte dans la serrure et pénétra dans la chambre de l’inconnue, Ludméa sur les talons. Normalement, les règles de sécurité auraient voulu qu’ils soient tous les deux soigneusement décontaminés et qu’ils revêtent de nouvelles combinaisons avant d’entrer, mais il avait eu sa dose de douches d’hexachlorophène pour la journée, et il n’y avait de toute manière aucun danger. Les autres n’approuveraient pas, toutefois il s’en moquait : il était le directeur, il pouvait agir comme bon lui semblait.

 

La femme était calme. Elle avait fermé les yeux et donnait l’impression de s’être rendormie, pourtant Ruan savait bien qu’elle était tout à fait consciente. D’un geste, il signifia à tous les médecins présents de quitter la pièce.

— Docteur Paso, mais que…

— Sortez, Gould.

— Votre masque ?

Ruan lui jeta un regard méprisant puis s’approcha du lit. Le dénommé Gould battit en retraite. De toute manière, il ne pouvait rien faire contre lui, pas sans l’aide du colonel Lewis.

 

Quand tout le monde eut vidé les lieux, la femme souleva ses paupières avec lenteur. Les individus masqués avaient disparu ; les nouveaux arrivants paraissaient plus amicaux, bien que toujours vêtus de ces effrayantes combinaisons jaunes. Elle se détendit peu à peu, et les observa plus franchement.

La femme qui venait d’entrer avait la peau brune. Elle n’avait jamais vu personne avec une peau de cette couleur et cela la surprit beaucoup. Ses cheveux très clairs lui rappelèrent aussitôt ceux de la Fille. La Fille n’avait pas été méchante avec elle, pas comme le Fils. Son visage lui semblait familier. Soudain, elle se souvint : c’était elle qui l’avait sauvée. De gratitude, elle voulut tendre les mains vers elle ; les lanières de cuir arrêtèrent son geste.

 

Ludméa s’approcha du lit un sourire aux lèvres. En un instant, elle avait tout accepté : les yeux de chat, le teint translucide, le visage fin aux pommettes saillantes, les cheveux roux. Elle commença à défaire les entraves.

— Qu’est-ce que vous faites ? demanda Ruan.

— Je la détache, comme vous pouvez le remarquer.

— Il serait préférable de ne pas le faire.

Elle ne répondit pas et entreprit de lui libérer les poignets.

— Ludméa…

Il avança une main pour arrêter son geste. Elle se tourna vers lui et il fut frappé par la résolution qu’il lut dans ses yeux. Il laissa retomber son bras.

— Très bien, faites ce que vous voulez. Si elle essaie de vous étrangler, vous ne vous en prendrez qu’à vous.

Ludméa lui accorda à peu près autant d’attention qu’à la souris qui jouait dans sa cage dans le coin de la pièce, et il recula de quelques pas, surveillant l’attitude de l’inconnue, une lueur amusée dans le regard.

 

La femme blonde avait libéré ses poignets et la regardait avec beaucoup de douceur. Elle détourna vite les yeux puis frotta sa peau endolorie, pliant et dépliant ses longs doigts couverts d’égratignures. La tête baissée, elle s’efforçait de paraître absorbée par la contemplation de ses mains ; elle détaillait en réalité l’homme du coin de l’œil.

Sa peau, plus claire que celle de la femme, était pourtant bien plus foncée que celle de son peuple. Ses cheveux blonds bouclaient légèrement, un peu comme les siens. Ce qui la frappa surtout, c’était le Don qu’elle ressentait en lui.

Celui-ci n’était pas très fort – rien à voir avec la puissance du Fils ou de la Fille – mais il était là, bien présent. Et elle sut qu’il n’hésiterait pas à s’en servir, même avec de mauvaises intentions. Elle l’avait senti quelques minutes plus tôt, nettement dirigé contre l’étrangère blonde, néanmoins elle avait été bien trop paniquée pour y prêter une réelle attention. À présent, tout lui revenait : il avait forcé cette femme à faire quelque chose qu’elle n’aurait pas dû faire, quelque chose qui mettait sa vie en danger. Aussitôt, elle décida qu’elle devrait se méfier de lui.

Elle reporta son attention sur la femme blonde, sans toutefois baisser sa garde à l’égard de l’homme, qui se tenait un peu en retrait. Elle le surveillait, prête à bondir hors de sa portée s’il tentait le moindre geste agressif envers elle. Elle craignait beaucoup moins la femme, qui l’avait détachée et regardée avec gentillesse. Elle la dévisagea avec curiosité : ses yeux étaient d’un bleu très soutenu et leur pupille était ronde, comme celles du Père et du Fils. Il lui était difficile d’évaluer son âge – elle n’avait aucun moyen de comparaison sinon les rares souvenirs qu’elle gardait de la Fille – cependant elle estima qu’elle ne devait guère être plus âgée qu’elle. Ses mains gantées comptaient cinq doigts. Celles de l’homme aussi. Son cœur se serra : elle avait cru retourner chez elle en utilisant la Machine, avait nourri l’espoir de retrouver son peuple, mais cet endroit n’était pas Eaven.

La femme lui sourit et lui parla. Ses mots n’avaient aucun sens pour elle ; elle secoua la tête.

 

— Elle ne nous comprend pas ! fit Ludméa, un peu déçue.

— Comme c’est curieux. C’est vrai, après tout, on aurait presque pu la confondre avec une Aliane pure souche…

— Vous n’êtes pas obligé d’être désagréable. Ce n’est pas parce qu’elle n’a pas essayé de m’égorger que vous devez passer vos nerfs sur moi. C’est fou ce que vous pouvez être susceptible.

Ruan se renfrogna. De quel droit osait-elle lui parler sur ce ton ? Avait-elle la moindre idée de l’importance de sa position ?

Il s’approcha du lit. Aussitôt, la femme rousse fut sur ses gardes, levant à demi son bras droit pour se protéger.

— C’est malin, elle a peur de vous, maintenant, soupira Ludméa. Vous ne pourriez pas faire un effort et avoir l’air un petit peu plus jovial ?

C’était décidé, il la détestait.

Ludméa prit la main de la femme dans la sienne en souriant. De son autre main, elle se désigna :

— Ludméa.

Elle pointa son doigt sur elle et attendit. La femme ne répondit pas, son visage exprimant une grande perplexité.

— Il me semble que quelque chose était inscrit sur ses vêtements, commença Ruan. Mes collègues ont pris quelques clichés, si seulement je pouvais mettre la main sur les versions papier…

Ludméa réitéra son geste. Cette fois-ci, une lueur de compréhension éclaira ses traits. Elle murmura un mot, puis s’enhardit. Sa voix sonna haut et clair dans la pièce peu meublée. Elle se crispa aussitôt, comme si elle avait peur d’être battue. Elle remarqua cependant que la jeune femme lui souriait toujours et sa tension disparut quelque peu.

— Eli ! prononça Ludméa en s’appliquant à reproduire la sonorité inhabituelle de ce prénom.

Elle confirma d’un signe de tête, puis Ludméa pointa son doigt vers Ruan, qui continuait à chercher les photographies. Il ne lui accorda aucune attention.

— Docteur Paso.

Eli fronça les sourcils. Elle leva sa main, désigna Ludméa.

— Ludmilla.

— Ludméa, corrigea cette dernière. Lud-mé-a.

— Ludméa.

Ladite nommée sourit à nouveau, enthousiaste. Eli pointa alors ses doigts fins vers Ruan.

— Dotar Paso.

— Ruan, fit-il en se tournant enfin vers elle.

Eli regarda Ludméa, l’air perdu.

— Si vous pouviez éviter de compliquer les choses, ça serait bien, fit la jeune femme.

— Je pense que Ruan est plus simple à prononcer que docteur Paso. En plus, je ne suis pas médecin.

— Pourquoi les gens vous appellent docteur, alors ?

— Je suis docteur en biologie moléculaire et en génétique.

Il plongea ses yeux bruns dans les siens et esquissa un sourire narquois. Elle soutint son regard avec tout l’aplomb de ses vingt ans. Il céda le premier, vaincu par ce charme innocent qu’il lui découvrait peu à peu.

Ludméa concentra à nouveau son attention sur Eli. Elle désigna l’homme une nouvelle fois :

— Ruan.

— Ruan, répéta Eli. Ludméa, Ruan.

Elle les fixa quelques secondes, puis son regard fit le tour de la pièce, fébrile. Elle leva les yeux vers Ludméa puis prononça quelques phrases que celle-ci ne comprit pas. Elle soupira et parut un instant découragée.

— Dieti ? essaya-t-elle.

Ludméa secoua la tête.

Frénétiquement, Eli désigna son ventre, puis fit mine de bercer un enfant dans ses bras. Le visage de Ludméa s’éclaira.

— Elle veut voir son enfant ! Docteur Paso, est-ce que c’est possible ?

— C’est hors de question dans l’état actuel des choses. Et il y a deux bébés, précisa-t-il.

Eli lui lança un regard implorant. Elle saisit ses mains entre les siennes, les lèvres tremblantes.

— Je suis désolé, fit Ruan.

— Pajalousta !

— Je ne peux pas.

Elle laissa glisser ses doigts et cacha son visage entre ses mains, gémissant doucement.

— Regardez-la ! Vous ne pouvez vraiment rien faire ? insista Ludméa.

— Pas avant demain matin. Je suis navré, elle devra patienter encore quelques heures. Venez, maintenant. On doit la laisser se reposer pour qu’elle reprenne des forces. Et je veux tenter de mettre la main sur ces photos.

À regret, Ludméa acquiesça et recula de quelques pas. Ruan allait sortir lorsqu’il se souvint de la rose. Il la tira de sa poche, redressa un peu les pétales de papier, la posa sur la table de chevet d’Eli. Cette dernière ne releva pas la tête. Il se dirigea vers la porte et commanda son ouverture, entraînant Ludméa dans le couloir.

 

Eli découvrit son visage, scruta la pièce du regard. Elle était seule. Elle poussa un soupir de soulagement : si la présence de la jeune femme blonde ne la dérangeait pas, il n’en allait pas de même pour celle de son compagnon, Ruan. Il la mettait mal à l’aise et elle n’avait aucune envie de le revoir. Au fond d’elle-même, elle sentait qu’il en savait bien plus sur elle que ce qu’il voulait laisser croire, et cela ne lui plaisait guère. Il avait l’air trop confiant, comme s’il avait attendu sa venue.

Ses enfants étaient en vie, elle avait perçu leur présence avec certitude. Quand la laisserait-on les voir ? Elle espérait de tout son cœur qu’ils étaient en bonne santé et qu’ils vivraient plus longtemps que les précédents…

Au moins, elle avait échappé au monstre et à son Fils. Ils la retrouveraient sans doute, et le châtiment serait terrible. Elle devait mettre ses enfants en sécurité ; il ne fallait pas qu’ils tombent entre leurs mains. Mais comment se cacher ?

Ses yeux tombèrent sur le bracelet noir. Il n’y avait qu’une seule solution… Son visage se crispa à cette pensée et elle serra les dents. Ce serait douloureux. Infiniment douloureux. Cependant, s’ils remettaient la main sur elle, cette douleur ne serait rien en comparaison de ce qu’ils lui feraient subir.

Elle se redressa avec difficulté et parcourut la pièce des yeux à la recherche d’un objet tranchant. Soudain, son regard s’arrêta sur la rose en papier.

— Oh non, gémit-elle. Pas ça ! Pas lui ! Pas le Fils !

Une larme coula le long de sa joue. Ils l’avaient retrouvée, la partie était perdue.

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